On m'a souvent demandé ce qui pouvait m'intéresser dans la biologie. Pour les plus sceptiques, c'est simplement une science moins rigoureuse qui permet de remplir des amphis de filles stupides.

Dans le principe, c'est bien plus.
C'est la science qui permet d'entrer en contact de la manière la plus flagrante avec ce que Camus appelle l'absurde :
Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. L'absurde dépend autant de l'homme que du monde.
Cette analogie entre l'absurde de Camus et la biologie est d'autant plus criante quand on lit Jacques Monod (Nobel de médecine 65) :
Le problème de la biologie est de comprendre comment, à partir d’un univers qui, par postulat de base, est dépourvu de projet, arrivent à se constituer des êtres qui ont un projet.
En bref, la biologie fascine parce qu'elle permet de faire le lien entre la complexité sidérante de notre vie et des lois physiques simples (en fait, l'idée de finalité est plus précise que celle de complexité, mais passons...). Dans le principe, c'est très beau.
Certaines découvertes, certains domaines, répondent aux attentes qu'on peut avoir de la biologie en expliquant des aspects du vivant de manière très élégante. Depuis Mendel, la génétique formelle et la génétique des populations, le traitement statistique qui est fait pour analyser la transmission de caractères font partie de ces disciplines. On peut aussi citer les avancées permises par la bioinformatique : l'analyse des gènes est rendue possible, la phylogénie a évolué...
Mais l'enseignement de la biologie a bien souvent les défauts qui lui sont prêtés. Plutôt que de s'intéresser aux solutions élégantes, aux raisonnements et aux principes, on aime magistralement poser sur la table des savoir inutiles. Que ce soit à l'université où en école d'ingénieur, on aime faire croire aux étudiants que la biologie se résume à un ensemble de protéines et d'organismes dont il faudrait connaître par cœur les noms.
Non pas que ces noms et mécanismes n'aient pas d'importance, mais l'empilement qui en est fait n'a pas de sens. La cohérence entre les disciplines n'est pas assurée, et les explications sont succinctes devant l'amas de connaissances qui est donné. Souvent, on n'a pas grande satisfaction intellectuelle en sortant d'un cours de biologie. Il peut avoir été intéressant, mais l'étalage fait et l'apprentissage stupide qui est supposé le suivre laisse à désirer.
Je pense qu'au final, la biologie souffre de son ambition ; le vivant est un domaine tellement vaste et complexe que son étude n'arrive pas à être limpide. Il est souvent impossible d'expliquer des mécanismes lourds autrement qu'en les décrivant et la cohésion entre tant de champs d'étude n'arrive pas à être faite. Ajoutez à ça le fait que, par sa simple réputation, la biologie attire les profils les moins scientifiques ; on se trouve donc avec des maîtres de conférence qui ne savent pas faire une intégrale, ou conjuguer un verbe au présent. L'enseignement de la biologie est donc bien loin d'être parfait, mais tout n'est pas à jeter ; j'ai bon espoir qu'en se spécialisant, les choses prennent plus d'intérêt. De la chimie organique à la thermodynamique en passant par la statistique et l'algorithmique, de très bons outils sont utilisés, et leur application est vraiment intéressante.
Et puis, depuis le temps qu'on dit que « la biologie, c'est l'avenir » ça va bien finir par marcher comme secteur... ou pas.